ECTS
6 crédits
Code Apogée
2MDRX3
Composante(s)
UFR Humanités
Compétences acquises
Compétences | Niveau d'acquisition | |
|---|---|---|
| Bloc de compétences disciplinaires | 473 Produire des études critiques de productions littéraires et artistiques (rédation de mini-mémoires et de mémoires de recherche) | x |
Liste des enseignements
Au choix : 1 parmi 3
Formation à la recherche 2
6 créditsFormation à la recherche 3
6 créditsFormation à la recherche 1
6 crédits
Formation à la recherche 2
ECTS
6 crédits
Composante(s)
UFR Humanités
Période de l'année
Semestre 2
« Migrer avec les langues, circuler dans les littératures du 16e au 21e siècle »
Co-responsables : Élise Pavy-Guilbert (CEREC, Centre de Recherches sur l’Europe Classique) & Margaux Valensi (Littératures & Mondes)
Perspectives du séminaire : Dans le cadre de ce séminaire, il s’agira d’appréhender la question des migrations entre les langues à travers un corpus varié d'œuvres littéraires françaises, francophones et/ou écrites en langues étrangères. Il y sera question de la circulation des langues à travers les textes du 16e au 21e siècle, notamment des phénomènes de citations, des “mots immigrés” et des questions soulevées par le plurilinguisme ou l’hétérolinguisme.
Ce séminaire se penchera également sur les littératures d’exil, interrogera le choix d’écrire dans une langue plutôt qu’une autre et étudiera l’œuvre des traductrices et des traducteurs comme geste créateur, trop souvent invisibilisé.
À travers la voix des intervenant.e.s, issu.e.s de différents champs disciplinaires et travaillant sur des domaines européens et extra-européens, on explorera à la fois des aspects linguistiques, historiques, politiques et poétiques.
Le programme précis des séances sera communiqué au cours du semestre d’automne
Formation à la recherche 3
ECTS
6 crédits
Composante(s)
UFR Humanités
Période de l'année
Semestre 2
« Maux et mots. Penser, écrire, représenter la maladie »
Organisation : V. Giacomotto-Charra et A. Vintenon
Dans le prologue du Décaméron de Boccace, la grande peste de Florence, (1348), qui décime la cité et suspend toutes ses lois, est combattue par des fictions : quelques rescapés se retirent à la campagne et se racontent des histoires, pour renouer avec la légèreté et la vie d’avant l’épidémie. Ce texte, très souvent imité à la Renaissance, a connu une actualité nouvelle avec l’épidémie de Covid-19 et l’expérience des confinements : il théorise en effet l’efficacité thérapeutique du récit, qui dissipe la mélancolie en conjurant la peur de la mort et de la maladie. Un peu plus tard, Rabelais met en scène, dans le prologue de Pantagruel, l’effet consolateur des Chroniques de Gargantua sur les « pauvres verolez et goutteux » soumis à de douloureuses cures au mercure. Sa propre écriture met d’ailleurs souvent à distance les maux du corps, en les stylisant à l’extrême ou en exagérant leurs difformités, de façon à faire naître le rire, tout en jouant avec une connaissance anatomique et thérapeutique savante, qui vient enrichir le lexique français.
Face à la maladie, cependant, la littérature est bien plus qu’un divertissement. Elle peut, au moyen de figures ou par l’usage du récit à la première personne, exprimer pour soi-même (comme Montaigne dans son Journal de voyage) et transmettre à autrui l’intensité de la douleur ou le sentiment d’aliénation du malade qui sent son corps changer. Elle peut également tenter de donner du sens à la maladie, par la mise en mots ou la mise en récit (un poème ou un récit sur la maladie ne disent pas la même chose), et ainsi par exemple la transformer en une épreuve transformatrice, voire de perfectionnement de soi-même ; ou au contraire mettre en scène l’échec de toute tentative de rationalisation morale ou théologique de la maladie. Ainsi, la célèbre scène de l’agonie de l’enfant, dans La Peste de Camus, fait
apparaître le profond arbitraire d’un fléau qui frappe aveuglément.
La représentation (littéraire, mais aussi filmique) peut aussi modifier la perception sociale de la maladie en faisant entendre la voix de malades décriés ou invisibilisés, qu’il s’agisse des vérolés (comme Ulrich von Hutten, qui témoigne de sa condition dans La Vérole et le remède du gaïac), des premières victimes du sida (Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ;
Le Protocole compassionnel), ou encore des victimes de pollutions chimiques, dont la quête de justice est presque devenue un sous-genre du cinéma contemporain (d’Erin Brockovich de Steven Soderbergh à Dark waters de Todd Haynes).
Par sa capacité à susciter l’empathie et l’identification et à faire ressentir les émotions intenses qui interviennent lors du parcours thérapeutique, mais aussi à raconter et ainsi à mettre en ordre(voir aussi Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne), la littérature constitue un précieux complément au discours clinique, et son apport peut parfois, aujourd’hui, être intégré à la formation des futurs médecins : les travaux de Rita Charon, notamment son ouvrage sur la Médecine narrative (2006, 2015 pour la traduction française), ont montré comment les récits de patients et soignants permettaient d’améliorer les protocoles thérapeutiques en prenant davantage en compte l’individu. La médecine universitaire elle-même redécouvre aujourd’hui les vertus de la littérature et de la mise en récit et enseigne ce qu’on appelle les « humanités médicales », faisant par là place à la subjectivité du malade et pas seulement à l’objectivité des symptômes.
Mais plus largement, le thème de la maladie transcende les frontières entre discours scientifiques et textes littéraires : les grands médecins antiques (Hippocrate, Galien) sont souvent loués pour des compétences qu’ils partagent avec l’homme de lettres : clarté dans l’explication des causes et des symptômes de la maladie, précision dans la description (qui peut être rendue plus visuelle par l’usage de figures de style, notamment de comparaisons), qualité de l’argumentation et des formules dans les polémiques médicales… Le XVIe siècle est en particulier un siècle qui voit se multiplier récits de cas et récits de cure. Certains s’essaient
même à l’écriture poétique de la maladie pour toucher un public plus large que celui des médecins : c’est le cas par exemple du médecin italien Fracastor, auteur de la Syphilis (1530), pour qui la violence de cette maladie nouvelle justifie qu’on en parle par le biais de la poésie épique, ou de René Bretonnayau, qui n’hésite pas, dans son Esculape (1583) à mettre la musique du vers au service de maux honteux, comme les hémorroïdes.
Ce séminaire souhaite mettre l’accent sur la porosité des frontières entre représentation littéraire et discours savant sur la maladie, ainsi que sur les pouvoirs de la littérature, qui agit elle-même comme un élément de soin pour soi ou pour les autres. Il abordera des textes littéraires et savants d’époques diverses (avec un intérêt particulier pour la période de la Renaissance), sans négliger les autres supports (notamment picturaux et filmiques) sur lesquels peut intervenir la représentation de la maladie.
Le séminaire reposera sur l’invitation de chercheurs spécialistes de diverses périodes et disciplines. Le programme précis des séances sera communiqué au cours du semestre d’automne.
Formation à la recherche 1
ECTS
6 crédits
Composante(s)
UFR Humanités
Période de l'année
Semestre 2
Enseignant : Eric Benoît (Modernités), Miren Lacassagne (Lapril)
« Poétiques de l’inconsolable / Dialectiques de la consolation »
Se penchant sur les traditions de la consolation, le philosophe Michaël Foessel, dans son livre Le temps de la consolation (Seuil, 2015), se place sur un plan éminemment philosophique, mais reconnait avec justesse qu’« il existe une poétique de la consolation qui engage le rapport entre la souffrance, le langage et l’imaginaire » (p. 88). C’est cette voie littéraire que nous nous proposons d’approfondir. Et nous prendrons aussi en compte les vertus consolantes de la lecture : certaines des remarques d’Hélène Merlin-Kajman (Lire dans la gueule du loup, Gallimard, 2016) et d’Alexandre Gefen (Réparer le monde, Corti, 2017) vont aussi dans cette direction qui pourra être vérifiée jusque dans la littérature contemporaine, dans le traitement littéraire des souffrances d’aujourd’hui, et dans l’impact des œuvres littéraires sur la sensibilité des lecteurs et donc sur la société – ce dont l’efficacité réelle méritera d’être interrogée.
L’une des constantes de la littérature depuis l’Antiquité semble résider dans ce qu’on peut appeler une poétique de la consolation (à l’usage de l’auteur, et à l’usage du lecteur) qui reste à théoriser et à réexaminer aujourd’hui. Dans l'introduction à son édition de la Consolatio a Hevia de Sénèque, Cyril Morana donne la définition suivante de la consolation :
« Genre littéraire typiquement grec, et popularisé par Crantor, qui vise la thérapie de l’âme par l’application de remèdes adaptés à sa douleur, une sorte de psychothérapie avant l’heure, qui engage un dialogue écrit entre un médecin de l’âme (un maître philosophe) et son patient (un disciple ou un proche à consoler) ». Du IIIe siècle av J.-C. à nos jours, l'exercice hante la littérature avec une période particulièrement prolifique en poésie à la fin du Moyen Âge. Nous pourrons nous interroger sur l'évolution de la notion de consolation, sur les concepts qu'elle mobilise, sur les modèles adoptés – explicitement ou non – dans des perspectives diverses, poétiques plutôt, morales, contingentes, conjoncturelles. Trois axes principaux apparaissent dans les textes de cette période : remèdes à l'amour, consolation de la philosophie, textes religieux. Mais la consolation se construisant dans la confrontation de la perte et de la durée, la rhétorique consolatoire n’est déjà pas le seul moyen d’offrir résilience et reconstruction notamment dans la lyrique narrative des auteurs de la fin du Moyen Âge. À une époque où la
notion de « genre littéraire » en vernaculaire n’est pas encore fixée, où genera dicendi et appareil rhétorique (jugés contraire à la vérité) se brouillent au profit de l’affirmation d’une élite profane en construction, où les dérives de l’Église (opulence des rites, simonie…) sont peu à peu questionnées (cisterciens, ordres mendiants, devotio moderna), la consolation, le « remède », le « confort » semblent être des opérations de mesure du monde face aux maux civilisationnels (Fortune ?) qu’il leur incombe de pallier par la lettre et l'adoption de dispositifs discursifs, souvent dialogiques, où la consolation répond à la lamentatio et à la plainte
(planctus).
Mais la modernité va bouleverser ces modalités de la consolation. En effet, la consolation chrétienne était fondée sur la foi en un Dieu consolateur qui dorénavant
fait défaut ; la consolation classique (les lettres de consolation du XVIIe siècle) était fondée sur un usage de la raison aujourd’hui mis en question. Les œuvres de la modernité adviennent lorsqu’ont disparu ces anciens régimes de la consolation. C’est ce qui fait dire à Stig Dagerman en 1952, dans un texte qui porte ce titre, que « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » : de l’inconsolable subsiste, irréductiblement. Et pourtant ce besoin de consoler et d’être consolé persiste à se dire en littérature. C’est dans les temps de plus forte désolation que la consolation demeure plus nécessaire – et plus difficile.
Le besoin de consolation s’exprime par exemple dans l’écriture autobiographique de Rousseau, dans l’œuvre de Nerval (qui se dit « l’Inconsolé »), chez Marcel Proust (dans l’attitude du narrateur enfant, et dans les souffrances du narrateur âgé qui évoque la consolation dans Le Temps retrouvé), d’une façon récurrente chez Romain Rolland (qui voyait dans la réception des œuvres d’art un moyen de consolation permettant de s’unir à la souffrance des grands créateurs), ou plus récemment chez Edmond Jabès (où la consolation s’articule à une désolation à la fois personnelle et collective, et à la problématique du partage de l’impartageable). Il faudra se demander si les formes littéraires de la consolation sont plutôt celles du récit et de la narration qui, comme le pensait Ricoeur, permettrait une reconfiguration réconciliante de l’expérience du sujet, ou plutôt celles de la poésie qui parvient à rejoindre la douleur intime et singulière lorsque les formes plus communes du langage y échouent – ou encore celles des arts de la scène qui permettent à une expériencecollective de se vivre. On pourra examiner aussi les correspondances et journaux intimes d’écrivains. On s’interrogera également sur la possibilité de l’écriture comme auto- consolation, chez Rousseau, Baudelaire, ou Michaux par exemple (ce serait la fonction « transitionnelle » de l’écriture au sens de Winnicott, ou une « pratique de soi » au sens de Foucault). Enfin, la fonction consolante de la littérature et de la lecture semble au cœur du rôle social de la littérature aujourd’hui, notamment dans la perspective d’une éthique du care.
Mais aucune consolation ne saurait restituer l’objet perdu, insubstituable : la consolation que nous offre la littérature, et même toute consolation, serait-elle condamnée à n’être jamais que partielle ? La pratique toujours relancée de l’écriture littéraire ne s’enracinerait-elle pas dans la part irréductiblement inconsolable qui réside en l’être humain ?
Plutôt que d’une poétique de la consolation, certains textes littéraires ne témoignent-ils pas
davantage d’une poétique de l’inconsolable ?
Calendrier prévisionnel (les mercredis de 10H30 à 12H30).
- 13 janvier : Miren Lacassagne et Éric Benoit: Introduction 1.
- 20 janvier : Éric Benoit et Miren Lacassagne: Introduction 2.
- 27 janvier : Estelle Mouton-Rovira: Consolations théoriques. Affect et sensibilité dans les théories de la lecture.
- 3 février : Sabine Luciani: La consolation romaine, entre normes et émotions.
- 10 février : Philippe Maupeu: Lamentations et consolations : diptyques de la littérature du Moyen Âge tardif, de Christine de Pizan à Octovien de Saint-Gelais.
- 17 février : Julia Roumier: « Plutôt quatre remèdes d’idiots, que cinq consolations de philosophes ». Temps de guerre, conseils inutiles et consolation désespérée. Les Lettres de Hernando del Pulgar, secrétaire, conseiller et chroniqueur des Rois Catholiques (Castille, XVe siècle).
- - - vacances de février - - -
- 3 mars : Guillaume Arancibia et Esther Boucherok: Les personnages de Zola dans les Rougon- Macquart, à jamais inconsolables?
- 10 mars : Fabienne Rihard-Diamond : Faulkner, If I forget thee Jerusalem: entre inconsolable et consolation. Une éthique de l'écriture.
- 17 mars : Olivier Barbarant: Faire face à l’affect : étrangler l’élégie ?
- 24 mars : Valéry Hugotte: La bouée de sauvetage de Robert Desnos.
- 31 mars : Jean-Michel Gouvard: Albert Cohen, Le Livre de ma mère : "Le fait d'écrire a toujours été pour moi une consolation".
- Jeudi 8 et vendredi 9 avril : Colloque International. Le Colloque fait partie du Séminaire.