• Votre sélection est vide.

    Enregistrez les diplômes, parcours ou enseignements de votre choix.

Formation à la recherche 1

  • ECTS

    6 crédits

  • Code Apogée

    2MDRU31

  • Composante(s)

    UFR Humanités

  • Période de l'année

    Semestre 2

Description

Enseignant : Eric Benoît (Modernités), Miren Lacassagne (Lapril)

« Poétiques de l’inconsolable / Dialectiques de la consolation »

 

Se penchant sur les traditions de la consolation, le philosophe Michaël Foessel, dans son livre Le temps de la consolation (Seuil, 2015), se place sur un plan éminemment philosophique, mais reconnait avec justesse qu’« il existe une poétique de la consolation qui engage le rapport entre la souffrance, le langage et l’imaginaire » (p. 88). C’est cette voie littéraire que nous nous proposons d’approfondir. Et nous prendrons aussi en compte les vertus consolantes de la lecture : certaines des remarques d’Hélène Merlin-Kajman (Lire dans la gueule du loup, Gallimard, 2016) et d’Alexandre Gefen (Réparer le monde, Corti, 2017) vont aussi dans cette direction qui pourra être vérifiée jusque dans la littérature contemporaine, dans le traitement littéraire des souffrances d’aujourd’hui, et dans l’impact des œuvres littéraires sur la sensibilité des lecteurs et donc sur la société – ce dont l’efficacité réelle méritera d’être interrogée.
L’une des constantes de la littérature depuis l’Antiquité semble résider dans ce qu’on peut appeler une poétique de la consolation (à l’usage de l’auteur, et à l’usage du lecteur) qui reste à théoriser et à réexaminer aujourd’hui. Dans l'introduction à son édition de la Consolatio a Hevia de Sénèque, Cyril Morana donne la définition suivante de la consolation :
« Genre littéraire typiquement grec, et popularisé par Crantor, qui vise la thérapie de l’âme par l’application de remèdes adaptés à sa douleur, une sorte de psychothérapie avant l’heure, qui engage un dialogue écrit entre un médecin de l’âme (un maître philosophe) et son patient (un disciple ou un proche à consoler) ». Du IIIe siècle av J.-C. à nos jours, l'exercice hante la littérature avec une période particulièrement prolifique en poésie à la fin du Moyen Âge. Nous pourrons nous interroger sur l'évolution de la notion de consolation, sur les concepts qu'elle mobilise, sur les modèles adoptés – explicitement ou non – dans des perspectives diverses, poétiques plutôt, morales, contingentes, conjoncturelles. Trois axes principaux apparaissent dans les textes de cette période : remèdes à l'amour, consolation de la philosophie, textes religieux. Mais la consolation se construisant dans la confrontation de la perte et de la durée, la rhétorique consolatoire n’est déjà pas le seul moyen d’offrir résilience et reconstruction notamment dans la lyrique narrative des auteurs de la fin du Moyen Âge. À une époque où la
notion de « genre littéraire » en vernaculaire n’est pas encore fixée, où genera dicendi et appareil rhétorique (jugés contraire à la vérité) se brouillent au profit de l’affirmation d’une élite profane en construction, où les dérives de l’Église (opulence des rites, simonie…) sont peu à peu questionnées (cisterciens, ordres mendiants, devotio moderna), la consolation, le « remède », le « confort » semblent être des opérations de mesure du monde face aux maux civilisationnels (Fortune ?) qu’il leur incombe de pallier par la lettre et l'adoption de dispositifs discursifs, souvent dialogiques, où la consolation répond à la lamentatio et à la plainte
(planctus).
Mais la modernité va bouleverser ces modalités de la consolation. En effet, la consolation chrétienne était fondée sur la foi en un Dieu consolateur qui dorénavant
fait défaut ; la consolation classique (les lettres de consolation du XVIIe siècle) était fondée sur un usage de la raison aujourd’hui mis en question. Les œuvres de la modernité adviennent lorsqu’ont disparu ces anciens régimes de la consolation. C’est ce qui fait dire à Stig Dagerman en 1952, dans un texte qui porte ce titre, que « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » : de l’inconsolable subsiste, irréductiblement. Et pourtant ce besoin de consoler et d’être consolé persiste à se dire en littérature. C’est dans les temps de plus forte désolation que la consolation demeure plus nécessaire – et plus difficile.
Le besoin de consolation s’exprime par exemple dans l’écriture autobiographique de Rousseau, dans l’œuvre de Nerval (qui se dit « l’Inconsolé »), chez Marcel Proust (dans l’attitude du narrateur enfant, et dans les souffrances du narrateur âgé qui évoque la consolation dans Le Temps retrouvé), d’une façon récurrente chez Romain Rolland (qui voyait dans la réception des œuvres d’art un moyen de consolation permettant de s’unir à la souffrance des grands créateurs), ou plus récemment chez Edmond Jabès (où la consolation s’articule à une désolation à la fois personnelle et collective, et à la problématique du partage de l’impartageable). Il faudra se demander si les formes littéraires de la consolation sont plutôt celles du récit et de la narration qui, comme le pensait Ricoeur, permettrait une reconfiguration réconciliante de l’expérience du sujet, ou plutôt celles de la poésie qui parvient à rejoindre la douleur intime et singulière lorsque les formes plus communes du langage y échouent – ou encore celles des arts de la scène qui permettent à une expériencecollective de se vivre. On pourra examiner aussi les correspondances et journaux intimes d’écrivains. On s’interrogera également sur la possibilité de l’écriture comme auto- consolation, chez Rousseau, Baudelaire, ou Michaux par exemple (ce serait la fonction « transitionnelle » de l’écriture au sens de Winnicott, ou une « pratique de soi » au sens de Foucault). Enfin, la fonction consolante de la littérature et de la lecture semble au cœur du rôle social de la littérature aujourd’hui, notamment dans la perspective d’une éthique du care.
Mais aucune consolation ne saurait restituer l’objet perdu, insubstituable : la consolation que nous offre la littérature, et même toute consolation, serait-elle condamnée à n’être jamais que partielle ? La pratique toujours relancée de l’écriture littéraire ne s’enracinerait-elle pas dans la part irréductiblement inconsolable qui réside en l’être humain ?
Plutôt que d’une poétique de la consolation, certains textes littéraires ne témoignent-ils pas
davantage d’une poétique de l’inconsolable ?
Calendrier prévisionnel (les mercredis de 10H30 à 12H30).
- 13 janvier : Miren Lacassagne et Éric Benoit: Introduction 1.
- 20 janvier : Éric Benoit et Miren Lacassagne: Introduction 2.
- 27 janvier : Estelle Mouton-Rovira: Consolations théoriques. Affect et sensibilité dans les théories de la lecture.
- 3 février : Sabine Luciani: La consolation romaine, entre normes et émotions.
- 10 février : Philippe Maupeu: Lamentations et consolations : diptyques de la littérature du Moyen Âge tardif, de Christine de Pizan à Octovien de Saint-Gelais.
- 17 février : Julia Roumier: « Plutôt quatre remèdes d’idiots, que cinq consolations de philosophes ». Temps de guerre, conseils inutiles et consolation désespérée. Les Lettres de Hernando del Pulgar, secrétaire, conseiller et chroniqueur des Rois Catholiques (Castille, XVe siècle).
- - - vacances de février - - -
- 3 mars : Guillaume Arancibia et Esther Boucherok: Les personnages de Zola dans les Rougon- Macquart, à jamais inconsolables?
- 10 mars : Fabienne Rihard-Diamond : Faulkner, If I forget thee Jerusalem: entre inconsolable et consolation. Une éthique de l'écriture.
- 17 mars : Olivier Barbarant: Faire face à l’affect : étrangler l’élégie ?
- 24 mars : Valéry Hugotte: La bouée de sauvetage de Robert Desnos.

- 31 mars : Jean-Michel Gouvard: Albert Cohen, Le Livre de ma mère : "Le fait d'écrire a toujours été pour moi une consolation".
- Jeudi 8 et vendredi 9 avril : Colloque International. Le Colloque fait partie du Séminaire.

Lire plus

Objectifs

Il s’agira ici de prendre pour objet de réflexion des œuvres qui intègrent un principe d’inachèvement ou d’incomplétude dans leur définition même (par exemple sur le modèle de l’Œuvre ouverte théorisée par Umberto Eco).

            Le milieu du XVIIIe siècle peut être un point de départ chronologique, avec par exemple Tristram Shandy de Sterne et Jacques le fataliste de Diderot, œuvres achevées qui se présentent volontairement comme inachevées. Le potentiel dynamique de l’inachèvement se retrouve vers 1800 dans les Carnets de Joseph Joubert, et dans l’esthétique du fragment théorisée à Iéna par les premiers Romantiques allemands, puis dans l’esthétique de l’esquisse chère à Stendhal et à Baudelaire (qui commente le « non fini » des œuvres de Constantin Guys, « peintre de la vie moderne »). L’inachèvement du Livre mallarméen est aussi un moment clé qui permet de penser l’œuvre comme une structure non pas close mais ouverte – ce que valorisa Emmanuel Levinas dans son opposition à l’idée de système et de totalité (Totalité et infini). La dialectique de l’achevé et de l’inachevé se joue aussi entre l’écriture et la lecture : les récits inachevés de Kafka sont lus par le récepteur comme textes auxquels rien ne peut être ajouté, alors qu’inversement les micro-nouvelles des Récits sur la paume de la main de Kawabata sont des textes achevés mais dont l’extrême concision et les fins déroutantes visent à créer un effet d’incomplétude dans l’esprit du lecteur (comme la fin de certains contes de Supervielle). On pourra aussi passer par Le Roman inachevé d’Aragon, les failles de la poésie de Michaux, la parole trouée de Beckett, la pièce manquante chez Perec, le diffèrement permanent de l’écriture de Roger Laporte, la question sans réponse chez Jabès, le tropisme du fragmentaire chez Quignard, les incertitudes terminales des romans de Marie NDiaye, l’esthétique de la « part manquante » chez Christian Bobin (« l’inachevé, l’incomplétude, seraient essentiels à toute perfection », dit-il)… Et l’on verra que l’incomplétude au niveau de la création se répercute en principe d’incertitude au niveau de la réception et du processus herméneutique (incomplétude du commentaire).

            On voit qu’il s’agit non pas d’œuvres qui sont inachevées par défaut ou par accident (la mort de l’auteur), mais d’œuvres qui contiennent par essence et constitutionnellement un principe d’incomplétude.

            Dans une perspective extra-littéraire et pluri-disciplinaire, on peut remarquer que la poétique de l’incomplétude est aussi présente dans d’autres arts comme en musique. Et ce principe d’incomplétude peut se retrouver dans des réalisations artistiques contemporaines.

            Les œuvres littéraires indiquées ci-dessus témoignent de ce fil conducteur des poétiques de l’incomplétude dans la littérature moderne (française et étrangère). Nous nous efforcerons d’en dégager les manifestations formelles (dans les œuvres narratives, dans les œuvres poétiques, au théâtre, dans le genre de l’essai, etc.), d’en théoriser le fonctionnement, d’en faire percevoir les mutations historiques au cours des trois derniers siècles (parfois en lien avec certains événements historiques), et d’en interroger les enjeux anthropologiques (par exemple en lien avec la donnée irréductible de la conscience humaine de la mortalité).

Lire plus

Contrôle des connaissances

Assidus : L’évaluation des étudiants nécessitera d’avoir assisté aux séances du séminaire (et du colloque). Elle consistera en un mini-mémoire d’une dizaine de pages, qui commencera par une synthèse de quelques séances du séminaire (et du colloque), dans laquelle l’étudiant dégagera les idées qui lui semblent personnellement les plus stimulantes, et à partir desquelles il effectuera un prolongement plus personnel à partir de ses lectures littéraires et théoriques. Les consignes de l’évaluation seront précisées sur e-campus et en début de séminaire.
Dispensés : Mini-mémoire (voir ci-dessus) avec soutenance. Il est impératif de prendre contact avec les enseignants responsables du séminaire au début du semestre.

Lire plus

Bibliographie

Le texte programmatique ci-dessus donne déjà de nombreuses indications de lectures possibles.
Une bibliographie plus détaillée sera donnée ultérieurement sur e-campus et au début du séminaire

Lire plus